RESUME
Pierre Lumens, la cinquantaine, est un homme brisé. Depuis son veuvage, il est fermé au monde, aux hommes, aigre et nihiliste. Il n’a dans la vie d’autre passion que son travail : restaurateur d’œuvres d’art.
On lui confie un jour la restauration d’un vieux crucifix. Une étrange et paradoxale relation (d’attirance - répulsion) s’installe entre l’objet et lui, et va, après bien des résistances inconscientes, ramener Lumens dans l’humanité, la pitié et peut-être la piété.
PROPOS DE L'AUTEUR
Opposer la voix de la spiritualité à un monde atteint d’un pragmatisme omniprésent ?
« L’homme moderne (…) a un dilemme à résoudre : soit continuer son existence de consommateur aveugle, soumis aux progrès impitoyables des technologies nouvelles et de l’accumulation de biens matériels, soit trouver la voie vers une responsabilité spirituelle, qui pourrait bien s’avérer à la fin une réalité salvatrice non seulement pour lui-même mais pour la société tout entière. »
Ecrite par Andrei Tarkovski dans les années 80, cette pensée n’est que plus actuelle aujourd’hui, à l’heure où le pouvoir de la consommation et son idéologie hédoniste sont tout puissants. C’est sur ce constat de perte de repère spirituel que se construit "Un Eclat".
Lumens est un homme post-moderne (selon la définition de Gilles Lipovetsky) : renfermé, individualiste, seul, hors de toute espérance. C’est la mort de sa femme, 15 ans plus tôt, qui en a fait cet être froid, revenu de tout, synthétique de l’humanité moderne, occidentale.
Mais tout son être, tendu comme un arc, en appelle inconsciemment à une ouverture à l’humanité, à un retour à l’altérité et à la vie. La flamme d’espérance, de vie n’est pas complètement éteinte en lui – tout comme, même au plus profond de notre scepticisme, elle reste vivante en chacun de nous.
C’est l’extrême sensibilité de Lumens, sa propension naturelle à saisir le beau qui le sauvera. C’est sa capacité à s’émouvoir pour ce crucifix, à goûter sa nostalgie intrinsèque d’idéal, qui l’entraînera dans cette quête spirituelle (au départ involontaire), dans ce renouveau spirituel incarné dans une femme (cf. séquence du canal), dans ce retour à l’espérance qu’« on » finira par lui accorder à la fin du film, comme « on » accorde l’absolution (cf. séquence avec le prêtre).
Il ne s’agit toutefois pas de soutenir, renverser ou attaquer un mode (contemporain) de vie, mais bien de poser dans toute leur nudité les questions fondamentales, prépondérantes à toutes civilisations, mais enfouies et taries aujourd’hui, de notre existence : comment trouver la grâce ? comment s’émouvoir du beau ? comment se réconcilier avec le monde ? avec le genre humain ? avec Dieu ?
Le cinéma semble pour cela l’art idéal, dans la mesure où il comble ontologiquement (par une réappropriation du temps et du réel – cf. les thèses d’A. Bazin) les lacunes de l’expérience humaine : manque de temps, manque de communication entre les individus, manque de foi, suractivité… La démarche de Lumens dans le film est en soi la même que celle du spectateur venant chercher dans la salle obscure… la Vie qui lui fait aujourd’hui défaut.
NOTE D'INTENTION DU REALISATEUR
Comment apprécier la délicatesse, la tension à l’œuvre dans les toiles de maîtres en traversant les galeries du Louvre au galop, un appareil photo à la main en guise de mémoire ?
C’est en observant ce rallye touristique que m’est venue l’idée de "Un Eclat".
Je souhaitais montrer le dénuement d’une époque aux sens avachis au travers du personnage de Lumens, un restaurateur d’art incapable de percevoir la fonction magique des objets dont il a la charge.
Par le biais de sa profession, j’ai pensé raconter l’histoire d’une double restauration. Celle de l’œuvre à laquelle - par la patience de son regard - il rend vie. Et la sienne : Lumens à son tour est réparé par l’objet qui, lui tendant le miroir de ses propres craintes, lui permet de les exorciser.
"Un Eclat" est donc l’histoire d’une rencontre improbable entre deux ensembles très éloignés, un solitaire abîmé en lui-même et un objet égaré dans le temps.
Il est donc capital d’installer une tension onirique, autant dans la séquence nocturne en campagne que pour les épisodes de la restauration.
Pour ce faire j’ai pensé emprunter au genre fantastique ses codes : une caméra se dérobant à la perception, jouant sur les profondeurs et le hors champ ; une tension installée par un ensemble peu découpé et un son très brut.
Rodolphe VIEMONT
NOTE D’INTENTION DU CHEF-OPERATEUR
Le scénario de "Un Eclat" me transporte à plus d’un titre. Pour un directeur de la photographie, il s’agit de construire une lumière qui raconte la renaissance d’une œuvre d’art et de celle de l’homme qui la restaure. Du crépuscule à l’aube, ce film est une nuit de réconciliation avec le monde.
Plusieurs ambiances rythment cette histoire : 1/ L’atelier : le lieu de travail, que je ressens comme un laboratoire, où notre personnage se révèle. Le lieu de la transformation, donc contrasté (ombre et lumière, chaud et froid). 2/ L’appartement : le lieu de la solitude, sans couleur, vide de sa substance. La pénombre monochrome (décor glauque). 3/ La voiture : la nuit, la route, la lumière hypnotisante, répétitive, jusqu’à l’hallucination. 4/ le café : kitch, le lieu de l’absurde, de notre étrangeté au monde. Coloré, contrasté comme une mauvaise publicité (cross process ?). 5/ la nuit : vraie nuit, contraste, théâtrale, envoûtante. 6/ l’église : le lieu de la paix et de la réconciliation, du contraste (la lumière du soleil vient frapper les colonnes et le sol, mais il subsiste des zones d’ombre) et de la douceur (la pierre naturelle diffuse la lumière), du froid (l’air est bleuté) et du chaud (la statuaire dorée de l’église, l’autel, le mobilier en bois).
Pierre CHEVRIN
NOTE D’INTENTION DU COMPOSITEUR
Je souhaite m’inspirer pour la compositsion des parties musicales de l’univers que m’inspire le film "Andrei Rublev" (1966) de Tarkovski. Ce film du Maître Russe use amplement du silence et du bruit réel comme matières premières à l’atmosphère de l’histoire.
Mon apport au niveau de la composition des parties de musique originale s’inscrira dans un sens de contraste entre l’univers intérieur de Lumens – un sentiment d’oppression et de dévouement rigide à son travail - et son ouverture au monde, sa renaissance parallèle à la restauration de la croix (cette croix qu’il porte symboliquement jusqu’à sa résurrection d’homme trouvant à nouveau sa voie).
Le parallèle spirituel entre le Christ et Lumens me dessine un plan de travail sur la musique dans un souci de contrastes entre les silences et la musique pleine, entre les sonorités de type « classique » et la musique électronique - voire expérimentale électronique (cf : « entre son et musique »). Cette musique pourra renvoyer à la constante relation d’attirance/répulsion de Lumens avec la croix.
Cependant, il me paraît primordial d’éviter la paraphrase de l’image. La musique doit compléter l’intention filmique, montrer par exemple l’espoir intérieur de Lumens, ces émotions esthétiques, d’une manière différente et complémentaire à l’image. J’essaierai d’éviter les stéréotypes de style « musique violente » associée à « plans coups de poings », à moins d’une justification cohérente du scénario ou d’un prétexte esthétique du réalisateur.
Un travail sur des réverbérations différentes en fonction des lieux où les thèmes musicaux sont joués est envisageable (cf : note d’intention du Chef-Opérateur). J’accorde une importance primordiale au travail de variations sur le même thème quand celui-ci est ré-utilisé suivant les différentes séquences.
Entre Mozart et Minimal Compact, entre décharge d’électricité statique et bruits électroniques, le monde sonore et musical agrémentera dans un contraste permanent le processus de "Un Eclat".
Jérôme SOUDAN